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Beaux-arts : "Bouquets" à la galerie Raymond Hains

Du jeudi 23 janvier 2020 au dimanche 29 mars 2020

Anaïck Moriceau, éditrice et sérigraphe, invite l'artiste Éva Taulois et la musicienne Julie Budet (groupe Yelle) à un dialogue avec sa collection d'estampes. 

À six mains, elles produisent une large composition mêlant les productions d’Eva Taulois (volumes, peintures) et de Julie Budet (son, vidéo ASMR), aux œuvres graphiques d'artistes et d'illustrateurs français, anglais et américains (Claire Decet, Anne Brugni, Atelier Bingo, Brigade cynophile + Harrisson, Jessica Hans, Fanny Gentle,  William Luz, Mary Manning, Marchus Oakley, Françoise Petrovitch, Nicolas Peuch, Andy Rementer, Andreas Samuelsson, Paul Wackers...) éditées par Anaïck Moriceau. 

Cette exposition propose de porter un regard frais sur le motif floral, sujet présent tout au long de l’histoire de l’art, en peinture, en architecture comme dans le champ du design et des arts décoratifs : depuis l’antiquité (céramique, architecture...), jusqu’à la période contemporaine où il se teinte de couleurs plus politiques (et notamment féministes chez Georgia O’Keefe ou Judy Chicago) en passant par l’explosion des natures mortes dans la peinture du XVIIème ou les évocations florales comme prétexte aux jeux de couleur et de lumière chez les modernes (pivoines de Manet,  tournesols de Van Gogh...).
Au XVIIe siècle, c’est la virtuosité technique, l’illusionnisme qui fascine. À la renaissance, les fleurs sont si rares et chères et chaque tableau si long à produire que l’artiste fait souvent cohabiter plusieurs saisons sur une même toile.

Visions largement réinventées de la nature, les bouquets sont souvent l’occasion de grandes réunions de couleurs, de textures de formes ou de rythme.

Cette exposition s’aventure du côté d’un héritage "pop", à la fois au sens de l'héritage graphique, pictural des années 60 marquées par l'avènement de la reproductibilité de l'image - et par l'utilisation de la sérigraphies par d'Andy Warhol ou l'intensification des croisements entre mode, design et art - ; mais aussi au sens des pratiques populaires actuelles que sont celles de l'art floral ou des expériences de son ASMR qu'expérimentent des millions de personnes sur Youtube ces dernières années.

Amoureuse des formes simples et du travail sur la couleur, Anaïck Moriceau porte depuis plus d’une dizaine d’année un projet indépendant d’édition de multiples d’artistes. Après ses études aux beaux-arts de Rennes puis de Bruxelles, elle installe son atelier de sérigraphie à Saint-Brieuc, sa ville natale, où elle invite des artistes des quatre coins du monde à venir collaborer dans le cadre de résidence qu’elle auto-produit. Sa collection compte aujourd’hui plus de 150 sérigraphies et parmi elles, plus de 30 estampes figurant des fleurs. La sélection qu’elle présente dans le cadre de cette exposition permet de croiser des figures emblématiques de différents champs des arts visuels (design graphique, illustration, peinture, céramique et dessin).

Eva Taulois regarde de près des savoir-faire artisanaux et industriels et se les approprie. Elle dessine, taille, recouvre, modèle, peint, orchestre des scénographies. Ses oeuvres et agencements d’objets sont marqués par la doctrine moderne définie en 1918 par Amédée Ozenfant et Le Corbusier, préconisant une fusion de l’art et de la vie, autour de formes simples, permutant peinture, sculpture, architecture, design, mobilier, vêtement… Elle propose ici des peintures (tapis, muraux...) et volumes (céramiques, sculptures...).

Emboitant les pas de Robert Filliou qui nous a dit que “l’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art”, Julie Budet choisit d’aller puiser sa matière dans la pratique actuelle de l’art floral en allant à la rencontre d’une amatrice inscrite au club de composition florale de Saint-Donan, qu’elle prend pour point de départ d’un projet filmique nourri d’une approche sonore ASMR(*). 

Aujourd’hui, le regard porté sur le vivant a changé et de nouveaux questionnements - souvent inquiets - sur la relation de l’homme à son environnement se posent.
Sans y apporter une réponse univoque, cette exposition réunit plusieurs regards d’artistes sur le végétal pour créer une occasion de partager avec eux un peu du plaisir et des imaginaires associés aux formes nées de la nature. Elle rejoint en cela la tribune publiée récemment par les grandes écoles de design et d’arts décoratifs, revendiquant de poser des questions “qui ne se situent pas dans la perspective comptable et finie d’un monde exploitable et litté­ralement profitable, mais dans l’horizon incalculable et infini d’un monde habitable et hospi­talier” (Libération, 9 décembre 2020).


*      “L’ASMR (de l'anglais Autonomous Sensory Meridian Response, que l'on peut traduire par « réponse autonome sensorielle culminante ») est un sigle qui décrit une sensation distincte, agréable et non sexuelle de picotements ou frissons au niveau du crâne, du cuir chevelu ou des zones périphériques du corps, en réponse à un stimulus visuel, auditif, olfactif ou cognitif. Cette sensation est induite typiquement lors de séances chez le coiffeur où les manipulations du cuir chevelu, éventuellement ressenties comme sensuelles, interviennent de surcroît généralement dans un environnement calme.

Bien que ce phénomène ait toujours existé, il n'a commencé à être popularisé que dans les années 2014. La nature et la classification scientifique du phénomène font l'objet de controverses.” source Wikipédia

Sérigraphies : Claire Decet, Anne Brugni, Atelier Bingo, Brigade cynophile + Harrisson, Jessica Hans, Fanny Gentle,  William Luz, Mary Manning, Marchus Oakley, Françoise Petrovitch, Nicolas Peuch, Andy Rementer, Andreas Samuelsson, Paul Wackers - éditions Anaïck Moriceau.

Exposition du 23 janvier au 29 mars. Vernissage le jeudi 23 janvier à 18h30 + DJ set de Pierre Lucas. Entrée libre du mercredi au dimanche, 15h-18h.
Galerie Raymond Hains / École des Beaux-arts, 9 esplanade Georges-Pompidou.